Programme Jeune Public 2026/2027
Il est des époques où se rassembler devient un acte essentiel. La nôtre en fait partie. Dans unmonde qui nous fragmente, nous presse, nous inquiète et parfois nous isole, ouvrir une saison n’est pas seulement annoncer des spectacles : c’est affirmer la nécessité d’un lieu où les corps se rassemblent, où les voix se répondent, où les générations se rencontrent. Venir au théâtre, c’est entrer dans une expérience commune. C’est partager la découverte, l’émotion, la réflexion, et parfois même le trouble. C’est éprouver que la rencontre n’est pas un supplément à nos vies, mais l’une de leurs conditions les plus profondes. Cette joie de la rencontre n’a rien d’anecdotique. Elle n’est ni un divertissement léger, ni une parenthèse que l’on ouvrirait pour oublier le monde. Elle est, au contraire, une manière de lui répondre. Nous vivons une époque troublée, parfois traversée de tensions et d’incertitudes. Une époque qui peut assombrir le regard et rétrécir l’horizon. Mais nous vivons aussi une époque passionnante, traversée par des mutations profondes qui nous obligent à reposer des questions essentielles : qu’est-ce qui nous relie ? Qu’est-ce qui nous construit ? Que voulons-nous transmettre ? L’apparition de l’intelligence artificielle agit déjà comme un miroir tendu à notre propre condition. Elle nous oblige à regarder autrement ce que nous pensions connaître : l’intelligence, la conscience et l’identité. Elle nous contraint à questionner en profondeur ce qui nous définit. Un être humain ne se réduit pas à une somme de capacités, d’informations et d’intelligence. Il se construit par sédimentations progressives. À partir de ce qu’il traverse, de ce qu’il reçoit, et de ce qu’il éprouve. Il se façonne en porosité avec le monde qui l’entoure. Et il devient ainsi, peu à peu, ce qu’il fréquente. C’est ici que l’art joue un rôle irremplaçable. Il nous permet de fréquenter la beauté, l’altérité et l’ouverture plutôt que la défiance et le repli sur soi. Ainsi l’art transforme notre manière de voir et d’habiter le monde. Il rend sensible ce qui, sans lui, resterait peut-être confus, muet ou enfoui. En cela, l’art est une puissance d’éveil. Il déplace notre regard, l’aiguise, le ranime. Il réenchante l’instant parce qu’il lui restitue son intensité et sa profondeur. Cette saison voudrait naître de cette conviction : l’art nous aide à demeurer en éveil et en joie. Il élargit notre présence au monde et nous rappelle que nous ne sommes pas seulement des individus isolés, mais que nous sommes reliés les uns aux autres et façonnés par ce que nous partageons. Le Carré est l’un de ces lieux où l’on veut cultiver une convivialité profonde, une hospitalité sincère, un sens du partage et de la rencontre. Un lieu où l’on vient découvrir des œuvres, bien sûr, mais aussi partager une même expérience, mettre en commun des regards, des questions, des émotions. Un lieu où la culture n’est pas un bien que l’on distribue, mais une aventure que l’on traverse ensemble. Puissions-nous, en cette nouvelle saison, parcourir avec ardeur ces nouvelles étendues et cultiver, ensemble, cette intensité d’être au monde. Valérie Boronad Directrice 5
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